Les auditions en commission spéciale Métro 3 l’ont encore démontré aujourd’hui : si le chantier est devenu un gouffre financier et un casse-tête opérationnel, c’est parce que personne n’a réellement piloté le projet. Le gouvernement a lancé l’idée, les administrations l’ont déroulée, les sous-traitants l’ont élargie… et personne n’a contrôlé quoi que ce soit.

Une impulsion politique… puis plus rien

Au départ, le gouvernement bruxellois a fixé une ambition : « Nous voulons un métro, et rapidement ». Très bien. Mais une ambition sans gouvernance, sans contrôle, sans décision assumée, devient une dérive.
Plutôt que d’encadrer le projet, le politique s’est immédiatement retiré derrière les administrations et la STIB, leur donnant carte blanche sans jamais vraiment vérifier le travail rendu.

Les auditions l’ont confirmé : une fois le projet lancé, le gouvernement n’a plus joué son rôle d’arbitre ni de superviseur. Il a dit « oui » à tout, sans filtre, pour éviter les conflits, pour maintenir un consensus de façade, et pour ne contrarier aucune commune, aucun service, aucune demande.

Quand chacun ajoute sa couche… et que personne ne dit non

La STIB, Beliris, les administrations régionales, les communes, les bureaux d’études, les sous-traitants… tous ont ajouté leurs demandes, leurs exigences, leurs compléments « de confort ».
Personne ne posait les questions essentielles :

  • Les demandes supplémentaires sont-elles nécessaires ?
  • Le tracé est-il cohérent ?
  • Est-ce budgétairement tenable ?
  • Qui en assume la responsabilité ?

Les auditions montrent un point glaçant : il n’y avait aucun garde-fou. Les administrations ne contrôlaient pas leurs sous-traitants. Les sous-traitants ne contrôlaient pas ceux à qui ils déléguaient. Le gouvernement ne contrôlait personne. Et au final, aucun budget ferme n’a jamais été arrêté.

Un projet public de plusieurs milliards a été mené comme si personne n’avait jamais à rendre de comptes.

Le plus préoccupant : l’absence totale d’auteur des décisions

Interrogés sur la question la plus basique — « Qui a choisi ce tracé ? Qui a validé ces options ? Qui a priorisé ces travaux ? » — les intervenants se renvoient la balle.
Les administrations accusent les injonctions politiques.
Le gouvernement accuse les recommandations techniques.
Les bureaux d’études affirment ne faire que suivre les demandes.
La STIB explique répondre au cadre défini par le politique.

Bref : personne n’assume, donc personne n’est responsable.

Comment un projet d’une telle ampleur peut-il avancer si aucun acteur ne reconnaît avoir pris la moindre décision structurante ? Comment peut-on aujourd’hui justifier des trous béants en ville, des surcoûts colossaux, des retards à n’en plus finir… sans que personne ne dise : « C’est moi qui ai validé cela » ?

Une gouvernance qui a échoué et qui doit être revue d’urgence

Le problème du métro 3 n’est pas seulement un problème technique ou budgétaire.
C’est d’abord un échec de gouvernance.
Un projet public, surtout d’une telle importance, ne peut avancer sans :

  • un pilote clairement identifié,
  • une chaîne de responsabilités transparente,
  • des décisions assumées,
  • un contrôle rigoureux et permanent,
  • et la capacité de dire « non » quand les demandes dépassent le raisonnable.

Aujourd’hui, rien de tout cela n’a existé.

Les Bruxellois ont droit à des responsables, pas à des fantômes

Ce qui ressort des auditions n’est pas simplement un fiasco administratif.
C’est une démission collective.
Un abandon du devoir politique de contrôler, vérifier, orienter, corriger.

Les Bruxellois paient aujourd’hui des années d’absence de supervision et de décisions non assumées. Ils vivent avec des rues éventrées, des travaux à l’arrêt, et un chantier dont personne ne peut garantir ni le coût final ni la date d’achèvement.

Le MR le dit clairement : il est temps que quelqu’un reprenne le volant.

Un projet de mobilité ambitieux, oui.
Un projet hors de contrôle, jamais.